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La marche sonore comme processus d’interaction à Dance Dramaturgy (Université York, 2011)

December 12, 2012 1 comment

(An English version of this text can be found here)


« Soundwalking Interactions ». Présentation, installation et performance, par Andra McCartney (artiste sonore), Don Sinclair (artiste interactif), Susan Lee (chorégraphe), ainsi que Tracey Norman, Bee Pallomina, Shannon Roberts et Jesse Dell (danseuses). Conféremce Dance Dramaturgy : Catalyst, Perspective and Memory, Université York, 23 juin 2011.

Les membres du groupe ont d’abord participé à une marche sonore dans un parc de Toronto. Andra McCartney, qui initiait la marche, s’est ensuite retirée par moments po ur encourager le groupe à prendre le contrôle de la marche. Ces changements de leader et de directions ont créé des effets de masse qui ont ensuite été repris dans la structure improvisatoire de la danse. Le groupe s’est arrêté quelques instants pour discuter de la marche, puis a continué. Le lendemain, l’enregistrement de la marche sonore a été publié en ligne et partagé entre tous les participants. Le groupe s’est rassemblé et à procédé à une écoute en groupe, faisant des pauses à toutes les dix minutes pour des fins de discussions. Celles-ci ont ensuite permis de produire un montage sonore pour la performance. Suite à a la première répétition, la chorégraphe a indiqué le besoin d’obtenir plus d’extraits sonores, autant pour les danseuses que pour les besoins de la chorégraphie.

La structure de la chorégraphie de Lee était basée sur de courts segments de 45 secondes à 1 minutes, entre lesquels elle laissa des espaces d’improvisations gestuelles, le tout résultant en une performance d’environ 16 minutes. Les mouvements des danseuses étaient basés sur l’expérience de la marche sonore ainsi que la nature des extraits sonores conservés. Les danseuses se déplaçaient dans l’espace performatif en se suivant l’une derrière l’autre dans un jeu d’échanges, de poursuites, de pauses, de boucles, articulant l’espace et les sons par des gestes de staccato, des changements de tempo et des déplacements de masse. Tous ces mouvements se traduisaient en une multitude de formes et de couleurs projetés sur l’écran géant. Cette installation constitue une exploration corporelle des possibilités acoustiques d’un lieu circonscrit. Cet exercice révèle aussi les relations entre les mouvements du corps et le sens du lieu. Par exemple, l’absence momentanée de mouvement peut provoquer soit le silence ainsi que la disparition de traces visuelles à l’écran, soit l’intensification de sons qui autrement auraient été atténués par le mouvement. Chaque extrait, chaque lieu est porteur de possibilités quant aux articulations corporelles de l’espace à travers le son. Les mouvements produits dans un espace spécifique révèlent sa forme et ses frontières. Les danseuses explorent cet espace en activant chaque son (volontairement ou non), en retournant aux sons jugés plus évocateurs, dérangeants ou intrigants, et en les combinant. Les mouvements s’affirment progressivement, gagnant en confiance, en gestuelle et en musicalité. Ainsi, la chorégraphie se développe en phases et en trajectoires définies à travers les mémoires auditives de la marche, l’espace circonscrit de l’installation ainsi que ses multiples configurations sonores.

Ce texte est basé sur une analyse antérieure de l’installation, parue dans le Canadian Journal of Communication :

Paquette, David et Andra McCartney. “Soundwalking and the bodily exploration of places.” Canadian Journal of Communication, 37 (1), 2012: 135-145.

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Soundwalking Interactions at Dance Dramaturgy (York University 2011)

December 12, 2012 1 comment

(La version française de ce texte se trouve ici)

“Soundwalking Interactions.” Presentation, installation and dance performance with sound artist Andra McCartney, interactive artist Don Sinclair, choreographer Susan Lee, dancers Tracey Norman, Bee Pallomina, Shannon Roberts, and Jesse Dell. Dance Dramaturgy: Catalyst, Perspective and Memory, York University, June 23, 2011.

All members of the group began by going on a soundwalk together in a Toronto park. Andra McCartney began by leading, but then held back in order to feel which direction the group tended at different moments. She then encouraged others to take over leadership. This shift in leadership and direction created different feelings of flocking that were later referenced in the improvisatory structure of the dance. The group halted part way through the walk to exchange listening ideas, then continued. The next day, the recorded soundwalk was posted online for download. The group gathered and listened to the whole soundwalk, pausing after every ten minutes to discuss what was heard. On the basis of this discussion, sound excerpts were edited for the dancers to use in the installation. After the first rehearsal, the choreographer asked for more sounds to be generated, based on the desires of the dancers and the needs of the choreography. Lee designed a choreographic structure that gave room for improvisation in gesture and movement within scored moments of 45 seconds to 1 minute in length, creating a piece in five gestural sections that lasted around 16 minutes. Movements were linked with the experience of the soundwalk and the attributes of the sounds. In the space of the installation, dancers walked behind each other, sometimes embracing each other, leading and following, circling and pausing, sometimes listening with eyes closed, articulating the space and the sounds through staccato gestures and changes in tempo, moving closer to each other and farther apart; all of these motions translated into swirling colours and shapes on the projection. The installation relies on a bodily exploration of acoustic possibilities within a circumscribed space. The exercise also reveals relationships between bodily movements and a sense of place. For instance, stillness could result in silence, as well as the absence of visual traces on the screen, or alternatively it could result in loud sound that would be attenuated by movement. Each case provided different kinds of possibilities for bodily articulation of the space in sound. Movements inside a given place reveal its shape and boundaries. Participants explore the space, activating each sound voluntarily or by accident, returning to the most appealing, disturbing or evocative sounds and mixing them. Movements become progressively more confident, musical, gestural. Thus the choreography develops into defined phrases and trajectories through the audible memories of the walk, the circumscribed space of the installation and its various sonic configurations.

The text in this posting is developed out of a former analysis of this piece in the CJC.

Paquette, David and Andra McCartney. “Soundwalking and the bodily exploration of places.” Canadian Journal of Communication, 37 (1), 2012: 135-145.

Saints tramways

November 27, 2012 1 comment

An English version of this entry can be found here

Conversations tirées d’une expérience sonore avec le tramway St. Clair à Toronto, 1999.

Installation sonore à Chicago, 2002 et

Tramway St. Charles, Nouvelle-Orléans, 2012

« J’aime le son des tramways. Je m’en ennuie quand je suis à Chicago. C’est si plaisant de visiter Toronto et de les entendre à nouveau. Kenosha est ce qui s’en rapproche le plus, de nos jours. Mais c’est la ligne St. Charles, à la Nouvelle-Orléans, qui fait la meilleure musique. »

Tels sont les mots laissés par un participant lors de l’événement Re-Synthesis à l’École des arts de Chicago, en 2001-02. Ceux-ci se voulaient une réponse donnée suite à l’écoute des enregistrements d’une marche sonore menée à Toronto, et dans lesquels on peut entendre les sons du tramway St. Clair. Ça m’a rendue curieuse; je me suis demandé quels sons pouvait bien produire le tramway St.Charles de la Nouvelle-Orléans?

Finalement, une décennie plus tard en 2012, l’opportunité de satisfaire cette curiosité a pris la forme d’une conférence donnée à l’Université Tulane. Puisque les lignes de tramway étaient à ce moment en rénovations dans le secteur hôtelier de la ville, il fallait prendre un bus pour nous rendre plus loin vers les premiers arrêts de tramway fonctionnels.

Je demande au chauffeur : « Est-ce que cet autobus se rend jusqu’à la ligne de tramway vers Tulane? » À l’arrêt suivant une dame travaillant à l’université m’offre de m’aider à trouver le site de la conférence, première manifestation d’hospitalité qui se répétera à de multiple occasions durant ma visite de la Nouvelle-Orléans.

Le tramway qui nous attend au bout de la ligne est une magnifique voiture vintage datant des années 1920, avec ses planchers de bois lustrés et son chauffeur qui se tient debout à l’avant. La voiture semble produire une pulsation rythmique. J’ai peine à trouver l’origine de ce son, mais il est là, vrombissement profond et imposant. Puis, un engrenage se met en mouvement et le tramway s’élance, accompagné du son d’une cloche. Chaque action, que ce soit la cloche qui sonne, les mouvements d’engrenage, les arrêts, les départs, résulte des mouvements physiques du chauffeur qui se tient debout et qui appuie sur ses contrôles. C’est une très belle, comme me l’avait confié ce participant, à Chicago.

Je veux incorporer ce son dans une discussion avec l’enregistrement que j’avais fait du tramway St. Clair de Toronto, ainsi qu’avec une séquence harmonisée que j’ai créée en ralentissant le bruit aigu et perçant de ce même tramway St. Clair, alors qu’il tournait sur un coin de rue. En diminuant l’enregistrement de plusieurs octaves et en le juxtaposant, on découvre des harmoniques complexes qui créent une étrange mélodie parsemée d’éclats métalliques scintillants. J’y percevais un joyeux contrepoint aux rythmes lancinants, aux claquements et aux sursauts du tramway St. Charles, ainsi qu’une forme de réponse musicale au commentaire de ce participant (telle une sorte de glanage rappelant  le documentaire d’Agnès Varda (2001), qui a d’ailleurs servie d’inspirations aux diverses méthodes créatives pour répondre aux participants).

La ligne St. Charles de la Nouvelle-Orléans est la plus vieille ligne toujours en opération en Amérique du Nord. D’abord tirée par des chevaux, elle fut ensuite alimentée à la vapeur, puis à l’électricité. Les voitures qui y roulent aujourd’hui ont été construites dans les années 1923-25. La seule interruption de service fut provoquée par l’ouragan Katrina, les voitures originales ayant toutefois beaucoup mieux survécu au passage de l’ouragan que leurs répliques plus récentes. Le modèle de tramway que j’avais enregistré à Toronto en 1999 devait être mis au rancart quelques années plus tard.

McCartney, Andra. Homing Ears (Soundwalk to home). Pour CD, écouteurs, livre et fauteuil. Re-Synthesis. Betty Rymer Gallery, School of the Art Institute of Chicago, Dec. 2001-Jan. 2002.

Varda, Agnès. The Gleaners and I et The Gleaners and I, Two years later. Zeitgest DVD. 2001.

Streetcars named for saints

November 27, 2012 3 comments

La version française de ce texte se trouve ici

A conversation of listening sounding experiences with a St. Clair streetcar in Toronto, 1999, 

a sound installation in Chicago in 2002, and a

St. Charles streetcar in New Orleans, 2012.

“I love the sounds of streetcars. I miss them in Chicago. It’s nice to visit Toronto and see and hear them again. Kenosha is the closest thing to that these days. New Orleans’ St. Charles line makes the best music, though.”

So wrote a listener in Chicago, as part of the Re-Synthesis show in 2001-2 at the School of the Art Institute of Chicago, in response to a soundwalk recording of my neighbourhood street in Toronto, including the sound of the St. Clair streetcar. It made me wonder what the St. Charles streetcar in New Orleans sounds like?

Finally in the fall of 2012, over a decade later, a music conference at Tulane University provides an opportunity to find out. At this point, with the streetcar lines under construction downtown near the hotels, passengers take a bus out to meet the streetcar where the line begins.

“Does this bus meet up with the streetcar to Tulane?” I ask the driver. At the next stop, a lady gets on who works at the University and offers to help me find the conference site, the first of many examples of warm New Orleans hospitality during that visit.

The streetcar standing at the end of the line is a beautifully maintained 1920s vintage car, with varnished hardwood seats and a driver who stands at the front. The car pulses rhythmically. I can’t tell how that sound is produced, but it is deep, direct, constantly throbbing; then a gear is engaged and the car thrums forward into movement, accompanied by a bell. Each action: bell ringing, gear changing, stopping, starting, is the result of a physical movement by a standing, leaning, pushing driver. It is beautiful music, I agree with that earlier listener.

And I want to bring that sound into conversation with the initial Toronto St. Clair streetcar recording made as I walked away up the street, as well as with a harmonized sequence produced by slowing down a closeup recording of the St. Clair streetcar turning sharply (a piercing, shrieking sound). Slowed down by octaves and juxtaposed, it reveals complex harmonics that form an eerie melody in slower time, and creates a shifting sparkling field of metallic scintillations. This seems a lively counterpoint to the throbbing rhythms, clackings and surges of the St. Charles car, and a musical way to respond to the comment of that listener back in 2002 (a kind of gleaning, as in the responsive documentary of Agnes Varda (2001), who is an inspiration about creative ways to respond to audiences).

The St. Charles line in New Orleans is the longest continuously-running streetcar line in North America, beginning as a horse-drawn line, then motorized and electrified. The cars used now were built in 1923-25. It only stopped for Hurricane Katrina, but the vintage cars survived that storm better than replicas did, and are now back on track. The model of streetcar that I recorded in Toronto in 1999 was slated to be taken out of service a few years later.

McCartney, Andra. Homing Ears (Soundwalk to home). For CD, headphones, book and armchair. Re-Synthesis. Betty Rymer Gallery, School of the Art Institute of Chicago.
Dec. 2001- Jan. 2002.

Varda, Agnès. The Gleaners and I; and The Gleaners and I, Two years later. Zeitgeist DVD. 2001.