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Sonorités souterraines

April 23, 2013 1 comment

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Quels types d’interactions sonores devrions-nous explorer en ce long hiver 2013 à Montréal? Les sons souterrains! En février 2013, j’ai demandé à plusieurs étudiants des cours de production sonore du département de communications à l’université Concordia de compléter des marches sonores dans le Montréal souterrain. Voici ce qui leur était demandé :

Complétez quatre marches sonores d’environ 45 à 60 minutes dans le Montréal souterrain. Vous pouvez répéter le même parcours à des moments différents, ou bien choisir quatre parcours différents. Au moins deux marches doivent croiser le CCA. Vous trouverez en ligne des plans de réseaux souterrains pour préparer vos parcours. Vous devrez enregistrer les marches, puis par la suite vous écouterez chaque enregistrement et préparerez un résumé analytique (environ une page ou 350 mots) pour chaque marche. Finalement, vous devrez sélectionner pour chaque marche un court extrait (moins de 90 secondes) qui présente des particularités sonores. Votre résumé devrait inclure la route parcourue (vous pouvez aussi dessiner votre parcours sur un plan). Lors de l’enregistrement, utilisez des écouteurs pour calibrer le niveau sonore et éviter les bruits de vent ou de frottement.

Cette méthode se base sur un nombre de principes au cœur de notre recherche : D’abord, la répétition de marches sur une période donnée permet la diversification des expériences et des perspectives sonores autant dans la pratique individuelle que dans les discussions de groupe. Le résumé analytique agit comme outil réflexologique et aide à la discussion avec les autres étudiants. Finalement, la sélection d’extraits sonores significatifs permet d’identifier des thématiques communes et fournit du matériel sonore pour supporter les discussions en classe. Le texte qui suit est le rapport de recherche produit par la leader de notre joyeux groupe de preneurs de sons souterrains, Natalie Arslanyan. Merci aux participants, Maimilien Bianchi, Laeleigh D’Ermo, Malika Guhan, Jacob Stnescu, Luciana Trespalacios, Nadia Volkova et Alexandrina Wilkinson.

Sonorités souterraines : Une ville dissimulée

Circulation lourde, piétons qui traversent la rue, klaxons et sirènes d’ambulance — tous des sons qu’on associe généralement à l’environnement sonore des villes. Montréal est surtout reconnue pour le son de ses musiciens ambulants, le bruit des cyclistes qui passent à toute vitesse, les brides de conversations en français ainsi que le bruit des pavés et l’écho des cloches d’église rebondissant sur les murs des édifices du Vieux-Port. Comme c’est généralement le cas, ces caractéristiques sonores décrivent la ville comme on la voit, au-dessus du niveau des rues; cependant, on oublie alors l’autre face importante de Montréal, celle qui se dissimule sous nos pieds : la ville souterraine.

Le Montréal souterrain est bien caché, à l’abri des yeux et des intempéries. Le réseau s’étire autour du secteur du métro Guy-Concordia, vers l’est jusqu’à Beaudry, vers le sud jusqu’à Champs-de-Mars et vers l’ouest jusqu’à Lucien-L’Allier. Pour plusieurs, la ville souterraine est d’abord un lieu de consommation, un fil conducteur entre galeries commerciales, stations de métro, espaces de divertissements, bref, le lieu idéal pour fuir les rudes hivers montréalais. La grande diversité d’activités et de sonorités qui emplissent la ville souterraine font qu’elle mérite malgré tout d’être explorée, étudiée.

Dans le but d’explorer la ville souterraine, Prof. McCartney a demandé à huit étudiants, tous inscrits au profil production sonore du département de communication à l’université Concordia, de réaliser un nombre de marches sonores avec captation audio. Durant ces marches, les étudiants demeuraient en grande partie à l’intérieur du réseau souterrain, empruntant cependant parfois des voies extérieures, notamment pour rejoindre le CCA, soit Centre Canadien d’Architecture. À travers ces nombreuses marches et captations, on voit apparaître , comme c’est généralement le cas dans tout autre espace urbain, une série de thèmes récurrents qui constituent en quelque sorte la trame sonore de la ville souterraine. On remarque aussi la grande diversité d’ambiances, qui modulent au gré des différents secteurs du réseau. Ce réseau qui tend aussi à faire découvrir des lieux jamais visités, et qui provoque des situations parfois imprévisibles, ainsi que des sentiments de confusion et d’isolement. Finalement, les étudiants ont relevé le contraste entre les ambiances des rues de Montréal et celles qui bordent directement le CCA.

Plusieurs sons distinctifs et récurrents ont vite été remarqués : les sons associés aux stations et aux voitures du métro, les bruits des systèmes de ventilation et ceux des escaliers roulants, la présence de musique, les diverses activités des aires de restauration et les bruits blancs des fontaines. Des différences marquées ont été perçues entre les ambiances des stations de métro, celles des galeries commerciales et finalement celles des rues extérieures. Un étudiant a spécifiquement mentionné le changement drastique qui s’opère entre Les Cours de Mont-Royal, un centre commercial situé dans le réseau souterrain, et la station Peel, où « la musique fait progressivement place au bourdonnement mécanique et aux bips sonores des cartes Opus. » Dans un autre cas, la distinction est notée entre « les bips, les bruits et les bourdonnements du Métro et les boutiques plus calmes qui bordent les couloirs de la ville souterraine. » Les différences de tonalité peuvent varier selon le moment de la journée. Lorsqu’elle est entrée à la station McGill vers 9:30, une étudiante a ressenti une lourde impression de calme et de vide. Si elle était arrivé une heure plus tôt, durant l’heure de pointe matinale, son expérience aurait vraisemblablement été très différente.

Les son les plus récurrents à travers le réseau souterrain sont ceux des escaliers roulants et des systèmes de ventilation. Le « vrombissement incessant » produit par ces deux sources crée une sorte de bourdonnement, qui, malgré ses modulations selon les différents espaces, finit par se fondre dans l’environnement sonore et devient presqu’imperceptible. (https://soundcloud.com/nataliearslanyan/underground-city-escalators) Comme l’exprime un des étudiants, « C’est un peu comme la tonalité de la ville souterraine. Ces sons sont omniprésents et ils marquent l’ensemble du paysage sonore. »

Les cliquetis des semelles dures et des talons hauts sur les tuiles froides du réseau souterrain constituent un autre son distinctif, particulièrement audible dans les secteurs plus tranquilles des centre commerciaux. (https://soundcloud.com/nataliearslanyan/footsteps-underground;https://soundcloud.com/nataliearslanyan/underground-ambiance) La musique, diffusée par des haut-parleurs à travers l’ensemble du réseau ainsi que dans les magasins et les centre commerciaux, est un autre son caractéristique du réseau. Son omniprésence devient parfois accablante et « les extraits du top 40 qui proviennent de partout à la fois ne permettent aucun moment de détente » (https://soundcloud.com/nataliearslanyan/music-1). Il n’est pas rare d’ailleurs de croiser des usagers qui se réfugients sous une paire d’écouter reliée à un lecteur audio portatif. Cette forme d’écoute isole la personne de son entourage, comme le réseau qui semble lui être isolé du reste de la ville.

Certains des sons les plus intéressants proviennent des aires de restauration : « le cognements des casseroles, le crépitement du feu, les bruits des caisses enregistreuses et toutes ces brides de discussion… On croyait entendre des couches sonores, telle une composition musicale »  (https://soundcloud.com/nataliearslanyan/underground-food-court). On peut observer une hausse de l’activité sonore dans les aires de restauration, comparativement aux autres secteurs du réseau. Comme l’explique une étudiante, « l’ambiance des aires de restauration était particulièrement agréable, parce que je pouvais écouter les musiques jazzées qui provenaient des haut-parleurs tout en faisant des captations rapprochées du bruits des machines dans les restaurants. » La variété de sons qu’on y rencontre dépend de la position des aires dans le réseau complexe, ainsi que des personnes qui les fréquentent.par exemple, on note des différences importantes entre l’ambiance de l’aire de restauration du Centre Eaton, plutôt chaotique avec les bruits des enfants et des familles, et elle des Cours de Montréal, où on retrouve surtout des gens d’affaire. Malgré ces  de volume et de texture, les aires de restauration demeurent des lieux centraux qui permettent au gens de se rencontrer, de relaxer et de faire une coupure dans leurs activités quotidiennes. Ainsi, l’ajout de grandes fontaines d’eau comme celle de la Place Desjardins ajoutent à l’ambiance de détente et produisent un environnement sonore plus diversifié (https://soundcloud.com/nataliearslanyan/water-fountain).

Au-dessus du niveau de la rue, il existe des différences notables entre le quartier qui borde la rue St-Laurent, avec ses clubs, ses bars et les nombreux étudiants qui s’y balladent, et le quartier du Vieux-Port et ses immeubles de pierre, son calme relatif ses avenues tortueuses. On peut retrouver sous terre les mêmes types de caractères sonores propres à chaque « quartier », surtout en ce qui a trait aux zones de classe moyenne et celles plus aisées. Un étudiant se demande en effet, « existe-t-il des sons plus riches, ou plus pauvres? Sûrement pas, mais quand on se déplace du sous-sol de la ville vers les plus hauts quartiers, ou les déplacements ne se font pas en masse, l’ambiance se calme » (Luciana – Walking Underground). Alors que l’environnement sonore du Centre Eaton est décrit comme étant instable et chaotique, celui de la Place Montréal est plutôt considéré comme étant occupé, mais calme. Les sections les plus raffinées, telles l’hôtel le Reine-Elizabeth et Les Cours Mont-Royal, semblent contenir moins de « bruits. » Comme l’observe un des étudiants, le bruit peut être défini comme « des sons considérés nuisibles ou indésirables » ou bien des sons qui remplissent inutilement l’espace. On constate clairement le contraste entre les lieux de classe moyenne et ceux plus chics au niveau de la présence de bruits indésirables et de leur effet masquant sur les autres sons. Une autre étudiante a remarqué l’utilisation de musique jazz dans le tunnel qui relie le métro Place-d’Armes au Palais des Congrès pour masquer les bruits des escaliers roulants et ceux des éclairages fluorescents. Il est fascinant de constater à quel point l’ambiance se transforme d’un espace à l’autre, même si tous ces lieux font partie du même réseau souterrain.

La ville souterraine peut aussi conduire ceux qui l’explorent à faire des découvertes imprévisibles. Une étudiante s’est retrouvée en plein concert musical alors qu’elle empruntait le couloir entre le métro Lucien-L’Allier et le Centre Bell, vers 22h00 un lundi soir. Une soirée qui semblait d’abord plutôt tranquille a rapidement été interrompue par « le bruit grandissant de basses profondes qui sonnaient comme une chanson dance. » Sans le savoir, elle s’est retrouvée en plein concert de Lady Gaga, ce qu’elle n’a réalisé qu’à son départ du Centre Bell, tapissé d’affiches annonçant le concert.

Plusieurs étudiants ont rencontré des musiciens ambulants dans les différents couloirs du réseau, tel ce guitariste qui prenait place dans un bateau fait de carton et qui arborait une canne à pêche et une affiche disant « je pêche de la monnaie. » Le métro St-Henri est généralement rempli de musiciens. Au métro, Place-des-Arts, lors d’une marche sonore, un étudiant a enregistré trois musiciens qui interprétaient des compositions de Pink Floyd, accompagnés par plusieurs mendiants qui sifflaient, chantaient et tapaient des mains. Une autre a raconté sa rencontre avec un musicien qui, l’observant s’approcher avec un regard inquiétant, s’est tu quelques instants avant de recommencer sa performance alors qu’elle s’éloignait. Ces nombreuses histoires soulignent le caractère distinctif de la présence des musiciens dans la ville souterraine, ainsi que le rapport complexe entre les preneurs de sons et les musiciens, pour qui la musique représente leur gagne-pain.

Tous les étudiants ont continué leur exploration à l’extérieur du réseau souterrain, allant du Square-Victoria jusqu’à Lucien-L’allier en passant par les secteur Guy-Concordia. En plus des rues bruyantes et des allées plus tranquilles, plusieurs étudiants se sont rendus jusqu’au Centre Canadien d’archtecture, situé entre le Boulevard René-Lévesque et la rue Ste-Catherine, deux artères montréalaises majeures.

Malgré sa proximité à l’autoroute 720, on constante un changement d’ambiance drastique alors qu’on passes les barrières menant à la cour du musée. On ressent alors une impression de vide et d’espace alors que les sons du trafic perdent de leur omniprésence. L’environnement sonore est calme, et on peut entendre, pendant quelques instants, les chants des oiseaux. Puis, une sirène perce le calme, avec une sonorité bien différente de celle que l’on entend habituellement à travers les bruits de la circulation. L’environnement calme et austère de la cour ajoute une touche sinistre et angoissante à la sirène, qui semble percer les sons de la ville pour venir bondir sur les murs du CCA. Alors que l’on ressort de la cour, les sons de la ville réapparaissent, le bruits des camions et des voitures provenant de l’autoroute, les cyclistes qui nous frôlent et les sirènes qui semble maintenant moins claires, moins distinctes. Nous sommes frappés par l’impact de l’architecture sur la perception sonore urbaine. Quel serait l’environnement sonore de la ville souterraine sans les bruits des escaliers et de la ventilation? Quel impact cela aurait-il sur les autres interactions sonores?

Ces explorations de la ville souterraine soulèvent un nombre de questions et d’observations. Plusieurs étudiants ont constaté leur ignorance de ces espaces souterrains, et ont pu les découvrir comme s’ils étaient des touristes dans leur propre ville. D’autres constataient leur grande familiarité avec certains spécifiques, surtout dans les environs des stations McGill et Bonaventure. Un étudiant a remarqué un changement progressif dans sa démarche, se concentrant moins sur l’exploration et plus sur l’écoute active, e qui lui a permis de mieux apprécier ses déambulations souterraines. Malgré les regards inquiets provoqués par la présence du microphone, les enregistrements recueillis révèlent une dimension unique et inconnue de Montréal, trésor sonore caché juste sous nos pieds.

Visitez notre page « Sonorités souterraines » sur SoundCloud :

https://soundcloud.com/nataliearslanyan/sets/sounds-from-the-underground

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Marche sonore au 2e Congrès International sur les Ambiances

October 19, 2012 Leave a comment

Le jeudi 20 septembre 2012, le groupe La marche sonore comme processus d’interaction a pris part au 2e Congrès International sur les Ambiances qui avait lieu au Centre Canadian d’Architecture. Andra McCartney et moi-même avons organisé et mené deux marches sonores simultanées, accompagnés d’une douzaine de participants.

Nous avons marché en deux groupes distincts qui nous ont permis d’explorer une partie du centre-ville de Montréal durant environ 45 minutes. Nous nous sommes arrêtés à deux reprises pour de courtes discussions in situ durant lesquelles nous avons abordé notamment la question de l’écoute dans une situation de tourisme ou de premier contact avec le milieu, nous avons tenté de reconnaitre l’identité sonore de Montréal et les différentes séquences créées par notre mouvement à travers la ville ainsi que par les différentes configurations architecturales.  Nous avons traversé des espaces sonores très distincts, des ruelles tranquilles à la rue Ste-Catherine, du tunnel de la rue du Fort jusqu’au parc et aux jardins communautaires. Le groupe mené par Andra a emprunté quelques ruelles du centre-ville et a aussi visité des espaces intérieurs autour du campus de l’Université Concordia.

Après nous être retrouvés au CCA, nous avons eu une longue et fructueuse discussion pendant laquelle nous avons abordé les thèmes de la pollution sonore, des sonorités de chaque saison montréalaise ainsi que du rapport entre la qualité d’écoute et le sentiment d’insécurité. Entourés par la ville, notre attention alternait entre les bruits de la ville et du ciel, sirènes, trafic, le bruit du vent dans les feuilles d’automnes, avions qui passent, et les commentaires des participants. Ceux-ci nous ont révélé une écoute très détaillée, critique, réflexive, et ouverte à des sonorités parfois inconnues. Une certaine forme de confiance s’est très rapidement établie dans le groupe, ce qui créé une dynamique communicationnelle fort intéressante.

Le montage audiovisuel met en commun les deux enregistrements de nos marches simultanées, ainsi que de courts extraits des discussions que nous avons menées durant et après les marches sonores.

Marche sonore à Montréal Ouest

February 20, 2012 1 comment

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Le 31 janvier 2011, Andra McCartney et David Paquette ont dirigé une marche sonore dans le cadre du cours Media Technology as Practice, enseigné par Dr. McCartney au département de communications de l’université Concordia. La marche débuta après une courte introduction expliquant la pratique de la marche sonore. Les étudiants ont été invités à prendre le relais à la direction de la marche selon leur inspiration.

La marche a débuté sur le campus Loyola pour ensuite se diriger vers le sud-ouest, en direction de la gare de Montréal Ouest. Quelques participants ont pris une part active à la marche en produisant plusieurs sonorités tout en explorant le potentiel sonore du mobilier urbain. Le groupe a ensuite traversé la plate-forme de la gare pour ressortir sur l’avenue Westminster et remonter vers le nord sur la rue Curzon. Alors que nous nous éloignions, un train est finalement passé, et nous nous sommes arrêtés un moment pour l’écouter. Nous sommes ensuite retournés vers le campus. À notre arrivée, une étudiante a pris les devants et s’est dirigée vers la chapelle Loyola. Nous y sommes entrés et y sommes demeurés quelques instants à couter l’espace réverbérant. Un étudiant a pianoté quelques notes pour remplir l’espace. Finalement, nous sommes retournés au département de communications en empruntant le long couloir de l’édifice AD. Nous avons pris l’ascenseur pour remonter à la classe.

Durant la discussion qui a suivie, les étudiants ont décrits les différents types de sons entendus ainsi que leur signification. Alors qu’un étudiant a qualifié le bruit des voitures de « respiration urbaine », une autre s’est attardée à décrire les couches successives formées par le groupe, l’espace environnant et la ville elle-même. Les étudiants ont observé la structure changeante du groupe, qui s’est d’abord synchronisé (au niveau du rythme de marche, notamment) pour ensuite s’élargir lors du passage dans le par et l’exploration subséquente de nouveaux espaces. Une étudiante a noté la similarité entre la pratique de la marche sonore et l’expérience solitaire de la ville qu’elle fait au quotidien.

La visite de la chapelle s’est avérée être le fruit du hasard; l’étudiante qui avait alors pris les devants voulait simplement visiter une partie du campus qu’elle ne connaissait pas, et ne savait donc pas qu’elle dirigeait le groupe dans la chapelle. Plusieurs étudiants ont apprécié l’espace silencieux de la chapelle et les quelques sons musicaux qui y résonnaient. Finalement, le groupe a discuté de la difficulté de concentrer leur attention sur les sons extérieurs plutôt que sur leurs pensées intérieures, ainsi que de l’aspect performatif d’une telle marche silencieuse en groupe. La notion de jeu et d’interactivité a aussi été introduite par un étudiant qui a qualifié l’expérience de « 40 minutes dans la liberté de jouer », tout en soulignant le potentiel de rapprochement par le silence. Un parallèle a d’ailleurs été soulevé entre la marche sonore silencieuse et les structures des rencontres Quaker durant lesquelles « quelque chose semble être transmis par le silence, un silence plutôt relatif car rempli du flot constant des pensées de chacun et des non-dits qui modifient l’atmosphère de la rencontre. »

Visite du CRESSON

April 28, 2011 1 comment

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En février 2011, Andra McCartney a visité le Cresson (Centre de recherche sur l’espace sonore et l’environnement urbain) de Grenoble, France. Cette visite lui a permis de  présenter le projet La marche sonore comme processus d’interactions aux chercheurs du Cresson tout. Dr McCartney a aussi profité de l’occasion pour rencontrer plusieurs membres du groupe de recherche pour instaurer un dialogue de recherche, et a pris part à trois marches collectives.

La première marche fut organisée par Rachel Thomas, auteure de l’ouvrage Les trajectoires de l’accessibilité. Cette marche avait pour but de faire vivre quatre types de handicaps, soit la perte de motricité, la surdité, les trouble de la vision ainsi que la cécité. Un nombre d’accessoires tels que lunettes spéciales, écouteurs et chaises roulantes étaient utilisés pour simuler chaque handicap.

Les participants ont été guidés à travers un parcours conçu pour mettre à l’épreuve chaque handicap. Aussi, tout au long de la marche la discussion était encouragée.

La seconde marche fut menée par Jean-Paul Thibaud, directeur de recherche au CNRS. Cette marche a eu lieu dans les quartiers de L’Estacade et de St-Bruno. Ce fut l’occasion pour les deux chercheurs d’échanger sur leur pratique, et plus spécifiquement sur la marche sonore en milieu urbain.

Thibaud décrit l’ambiance du marché de l’Estacade, qui ouvrait alors ses portes pour la journée:

La marche s’est conclue dans la quartier St-Bruno, décrit au niveau historique par Thibaud qui replace aussi le quartier dans le contexte urbain qui l’entoure:

Finalement, Andra McCartney a organisé une marche sonore silencieuse dans le quartier Villeneuve, et à laquelle plusieurs étudiants du Cresson ont pris part. L’approche silencieuse de McCartney constituait une nouvelle expérience pour les étudiants, qui ont commenté ce fait durant la discussion suivant la marche:

Les travaux des chercheurs du Cresson, qui s’alignent principalement autour de la notion d’ambiance, font usage d’un certain nombre d’outils méthodologiques novateurs dans le cadre de recherches ethnographiques in situ. Ces recherches se concentrent généralement sur l’expérience sensorielle subjective de l’habitant ainsi que la relation entre les configurations spatiales et l’ambiance qui en résulte. Les travaux qui en résultent couvrent ainsi un large éventail de sujet. Nicolas Tixier, par exemple a dirigé une étude portant sur la transformation de la ville de Bogota, en Colombie, à l’aide d’outils métrologiques tels que l’observation, l’enregisterment audio/vidéo, les marches commentées, les entrevues, etc. Ces démarches ont permis à l’équipe de Dr Tixier d’évaluer le contexte historique et social de la transformation de Bogota ainsi que la perception qu’en ont les habitants de ses différents quartiers.

Dans son ouvrage Les trajectoires de l’accessibilité, Rachel Thomas évalue le rôle de la définition de handicap dans un contexte de design urbain. L’originalité de son travail réside dans son approche alternative aux pratiques et aux façons d’être et de se mouvoir des usagers urbains. À travers son analyse des différentes configuratons sensorielles qui guident nos mouvements ainsi que l’accessibilité spatiale qui en résulte, Thomas propose une nouvelle conception du handicap comme conséquence des choix relevant de l’architecture et de l’ambiance urbaine.

Lectures recommendées:

Amphoux, Pascal, Jean-Paul Thibaud et Grégoire Chelkoff. Ambiances en débat. Bernin: À la Croisée, 2004.

Augoyard, Jean-François et Henry Torgue. À l’écoute e l’environnement: Répertoire des effets sonores. Éditions Parenthèses, 1995.

Thibaud, Jean-Paul. Regards en action: Ethnométhodologie des espaces publics. Bernin: À la Croisée, 2002.

Thomas, Rachel. Les trajectoires de l’accessibilité. Bernin: À la Croisée, 2005.

Tixier, Nicolas (dir.). Bogota: Case Study. Rapport de recherche. Grenoble: CRESSON, 2009