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Marches sonores à la Biennale des bewegten Bildes, Francfort-sur-le-Main, Allemagne

An English version of this entry can be found here

En octobre dernier, Andra McCartney s’est rendue à Francfort à l’occasion du Festival du Film B3, durant lequel elle a organisé des marches sonores, un atelier de composition, ainsi qu’une présentation sur la marche sonore. Dr. McCartney avait été invitée par Sabine Breitsameter, curatrice pour le festival et professeure en culture sonore et médiatique à l’Université Darmstadt des Sciences Appliquées.

Eröffnung Bernhard Kracke

J’ai (Philip Boss, 20 ans, étudiant de Prof. Breitsameter) assisté Dr. McCartney dans la préparation et la tenue des marches sonores et de l’atelier. Nous nous sommes d’abord rencontrés quelques jours avant le festival et j’ai proposé quelques routes potentielles traversant le centre historique de Francfort, où se tenait le Festival.

Le cœur du Festival était situé près du vieux marché « Roemer », entouré par de vieux édifices à colombage comprenant de nombreux recoins et atriums. Ces lieux « isolés » créaient un agréable contraste avec la rue passant et le bord de la rivière, aussi à proximité du site du Festival. Ce lieu formait un tout sonore particulièrement intéressant pour une marche sonore, ce qui me rendait très fébrile à l’approche des marches planifiées avec Dr. McCartney.

La première journée du festival a débuté avec une marche sonore matinale avec un groupe d’enfants d’environ 9 à 10 ans. Andra a d’abord introduit les enfants à la pratique de la marche sonore, puis nous avons dirigé le groupe à travers les rues bruyantes et les berges de la rivière. Les enfants étant particulièrement intrigués par mon enregistreur audio et mes écouteurs, j’en ai profité pour leur faire écouter tour à tour les sons tels que captés par mon microphone. Leurs réactions furent très intéressantes. Un enfant déclara : « je ne savais pas qu’on faisait autant de bruit en marchant! » D’autres étaient surpris du niveau sonore ambiant et du grand nombre de sons urbains captés par le microphone. Ils arrivaient difficilement à concevoir la façon dont notre cerveau filtre les bruits ambiants, ceux-ci devenant audibles seulement lorsqu’amplifiés par l’enregistreur. De retour à la place du festival, Andra a démarré la discussion en demandant aux enfants de nommer les sons qu’ils avaient entendus, et de décrire si ces sons étaient plaisants ou non. La plupart des enfants ont qualifié les bruits des voitures et de la circulation de déplaisants, contrairement aux sons de l’eau, des oiseaux et du vent. Les sons des cloches des églises ont provoqué des réaction multiples. Alors que certains les ont appréciés, d’autres les ont trouvé inintéressants, ennuyants ou même dérangeants. Il fut trèa intéressant de noter comment les enfants ont créé leur propre environnement sonore à leur arrivée dans la salle de conférence, en tapant des mains et en faisant des jeux de vocalisation.

Piste 1 : Les enfants

En après-midi, Andra a donné une présentation sur la marche sonore et la narration. Vous retrouverez les principaux points de cette présentations dans le texte du 29 octobre 2013 dernier. Après la présentation, Andra a fait une courte marche sonore avec les membres de l’audience, pendant que je préparais la salle pour l’atelier de création. Le groupe était constitué d’environ 15 étudiants en production sonore et cinéma. À leur retour, Andra s’est d’abord attardée à la marche en les questionnant sur leur expérience et en discutant de la technique de la marche sonore.

L’objectif de l’atelier était de composer une courte pièce sonore basée sur les sons du festival. J’ai distribué aux participants des  enregistreurs audio, puis ils sont partis à la collecte de son pendant environ une heure. J’ai moi aussi pris par à la séance d’enregistrement, en me concentrant sur les sons émanant d’un grand édifice situé près du centre du festival.  Les différents sons métalliques émis par les travaux de construction et les nombreuses machines  m’ont particulièrement intrigué; je les ai donc captés à partir de plusieurs perspectives et à des distances variées.

Piste 2 : L’édifice en en construction

Après cette courte session d’enregistrement, les participants ont tour à tour présenté quelques extraits qui avaient capté leur attention. J’ai présenté l’enregistrement ci-dessous, capté à l’intérieur d’un contenant à déchets vide situé tout près de l’édifice en construction.

Piste 3 : Conteneur à déchet, version originale

Puis, nous avons débuté la métamorphose de nos sons à l’aide d’ordinateurs portables et de logiciels de manipulation sonore. Andra nous a fait entendre un extrait sonore dans lequel elle a transformé le cri aigu d’un tramway en une belle harmonie, simplement en modifiant la tonalité du son et en juxtaposant plusieurs copies du même son. J’ai appliqué la même procédure sur mon extrait sonore en tentant de produire un bourdonnement comme point de départ pour ma composition finale

Piste 4 : Conteneur à déchet, modifié

Nous avons travaillé sur nos compositions pendant une heure, pour ensuite les présenter et discuter des différentes procédures employées. Ma pièce est devenue plutôt abstraite. J’ai tenté de mettre l’emphase sur certaines fréquences spécifiques pour chaque son provenant de l’édifice, révélant ainsi « l’essence » de cet environnement sonore .

Piste 5 : Composition finale

Durant les deux jours qui ont suivi, nous avons dirigé trois autres marches sonores sur le site du festival. Les groupes étaient composés d’étudiants, de professeurs, de retraités, ainsi que quelques personnes qui avaient pris part à l’atelier. La plupart provenaient des domaines du son ou du cinéma, ou bien étaient intéressés par l’art sonore. Lors des discussions d’après-marche, presque tous exprimaient une opinion positive par rapport à leur expérience. Alors que plusieurs ont qualifié la marche sonore de relaxante et méditative, d’autres ont malgré tout ressenti un certain stress causé par les bruits de circulation et de construction. Une participante qui habite le centre-ville a affirmé n’avoir jamais entendu sa ville ainsi. Alors que dans le passé elle tentait d’ignorer les sons de la ville pendant qu’elle s’y déplaçait; la marche lui a permis de redécouvrir l’environnement sonore d’un lieu qu’elle croyait connaître depuis des années. Selon moi, cette marche fut pour elle une expérience spirituelle et révélatrice.

Urban Soundwalk

Une autre participante a demandé à Andra pourquoi cette pratique se faisait en marchant, plutôt que d’être stationnaire et directement concentré sur l’expérience d’écoute. Andra a répondu qu’il était tout à fait acceptable d’arrêter à tout instant de la marche pour une écoute plus intensive, mais que la marche sonore est aussi conçue pour découvrir une multiplicité d’environnements sonores et analyser leurs différentes caractéristiques. Par exemple, plusieurs participants ont été fascinés par les contraste sonores entre la place du marché, le chantier de construction ainsi que les atriums et les espaces plus refermés.

Au final, travailler avec Andra McCartney fut une expérience très inspirante, et je suis reconnaissant d’avoir eu l’opportunité de contribuer et participer à ces marches et activités sonores. Ces trois jours ont grandement influencé mon écoute urbaine et ont contribué à ma démarche artistique et académique.

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