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L’éthique de l’intervention en environnements sonores

Résumé du discours de Dr Andra McCartney, Conférence Idéologies et éthique de l’utilisation et des abus sonores, Koli, Finlande, 19 juin 2010

Lorsque les compositeurs, documentaristes et artistes utilisent des environnements sonores, ils expriment des relations au lieu d’origine, à  ses habitants, ses visiteurs, aux sons perçus, captés ou ajoutés, ainsi qu’au public qui les entendront. Chaque fois qu’une créatrice conçoit une marche sonore, une pièce de théâtre, une installation ou un produit médiatique, ces relations au monde sont créées à travers le traitement du lieu, des sons et du public. Quelle est l’éthique de ce mode d’expression, et comment cette éthique est-elle influencée par les idéologies sous-jacentes du son, de la production sonore et de l’écologie sonore?

Une des valeurs fondamentales prônée par l’écologie sonore est la notion normative d’environnement sonore de haute fidélité (hi-fi soundscape). Le concept de haute-fidélité est apparu au début du 20e siècle dans les champs de la communication et de la production sonore. Il référait alors au degré de fidélité des systèmes, sonores ou autres, en établissant un rapport dichotomique entre le signal essentiel, et les bruits nuisibles. Le concept d’environnement sonore de haute fidélité s’inscrit donc dans cette approche favorisant la clarté et la distinctibilité des sons, et est typiquement incarné par la nature tranquille de la campagne, alors que le bruit des lieux urbains devient représentatif d’un environnement sonore de basse fidélité (lo-fi). La solitude des pâturages et des lointaines montagnes est sentimentalisée et opposée à la familiarité du quotidien bruyant de la vie urbaine. Mais qu’en est-il des signaux sonores clairs qui témoignent d’un système nocif? Qu’arrive-t-il, par exemple, lorsqu’un environnement de haute fidélité est imposé par certains dans le but rendre la communication divine et le recueillement plus aisés? Le pénitencier d’Eastern State en Pennsylvanie, qui a ouvert ses portes en 1829, fut conçut pour isoler les prisonniers dans une solitude et un silence absolu. La démarche devra pétré interrompu à cause d’un nombre élevé de détenus qui devenaient tout simplement aliénés. Un environnement sonore de très haute fidélité, mais qui ne dit rien sur les conditions de ses utilisateurs.

D’ailleurs, nous devons aussi considérer l’importance des situations urbaines bruyantes qui peuvent au contraire être productives et appréciées. Dans son étude du quartier Commercial Drive de Vancouver, David Paquette a examiné l’environnement sonore extrêmement bruyant d’un café italien où les fortes voix s’entremêlent aux bruits de la coutellerie, des machines espressos et du trafic. Cette ambiance vivante était particulièrement appréciée par les habitants du quartiers, qui y voyait un lieu vivant ou l’on peut discuter intimement, protégés par une bulle sonore.

Qu’arriverait-il si l’on utilisait un concept vraiment écologique, plutôt qu’une notion normative basée sur la reproduction sonore? Le concept d’écotone semble particulièrement prometteur. L’écotone est une zone marginale et transitoire entre deux écosystèmes, habitée par une multiplicité d’espèces qui y interagissent. Les plages et les transitions entre la forêt et le marais sont toutes deux des écotones. Le terme provient du Grec tonos, qui signifie tension. Les écotones sont à la fois spatiaux et temporels. Nous pouvons aussi établir des liens avec les tonalités sonores et musicale (musical tones).

Cette approche dichotomisée à l’environnement sonore est supposément complémentée par une description des attitudes sonores comme étant toutes aussi polarisées. Ainsi, sur le site du World Forum for Acoustic Ecology, les visiteurs peuvent lire un texte d’introduction dans lequel l’auteur, Kendall Wrightson, déclare que la plupart des gens ne peuvent décrire leur environnement sonore que selon deux pôles, « bruyant » ou « tranquille », ou bien « bon » ou « mauvais », ce qui refléterait une réduction des subtilités acoustiques de l’environnement résultant d’une dégradation sonore. Mais est-ce vraiment le cas? Mes recherches antérieures démontrent le contraire. Lorsqu’ils sont questionnés de manière ouverte, les participants démontrent des connaissances approfondies de leur environnement sonore. Des savoirs esthétiques, mémoriels, des connaissance précises des lieux, des caractères historiques, musicaux et politiques des environnements sonores peuvent être encouragés. Ces différents savoirs peuvent être amenés à dialoguer, allant beaucoup plus que la simple dichotomisation que voudrait nous faire croire Wrightson.

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